< Comment te dire que tout va bien, si tout va mal ? >
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[...] Puis c'est arrivé.
Je n'ai rien ressenti d'abord.
Qu'une forme abjecte de satisfaction de voir se réaliser cette intuition que j'étais faite pour souffrir.
Et cet étonnement : je ne souffrais pas.
Prise de conscience.
La crise qui suivit m'effraya moi-même.
Non par sa véhémence, mais parce qu'elle était incontrôlable.
Par un paradoxe étrange, la contemplation de mes émotions m'avait mise à l'abri des souffrances que j'appellerai tangibles, parce qu'elles ont une origine définie, j'étais une machine à ressentir, pleurant quand je voulais pleurer, riant quand je voulais rire.
Mais la douleur occasionnée par cela n'était pas contrôlable, et ses manifestations ne m'étaient pas intelligibles; ce qui me fait le plus mal quand je pense à ça, c'est de ne pas savoir où regarder, et de regarder le ciel.
J'avais onze ans à ce moment-là. Puis j'ai compris que la souffrance n'était pas qu'un moyen d'échapper à la platitude, d'accéder au sublime. C'est cette épreuve et la douleur qu'elle me causa et me cause encore qui ont fait de moi ce que je suis.
J'ignore tout de ce désespoir hurlant contre lequel je ne peux rien.
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Aujourd'hui, je cherche en vain une personne susceptible de le remplacer, de me donner ce dont j'ai toujours manqué.
Je lui prouverais que sans lui c'est possible.
J'y arriverais.